La trinité du diable

Bugatti EB110 - Bugatti Veyron 16.4 - Bugatti Chiron

© Classic & Sports Car / Luc Lacey

Dans le monde des hypercars Bugatti, la vitesse de 300 km/h est largement dépassée ; à elles trois, l’EB110, la Veyron et la Chiron totalisent 44 cylindres, 12 turbos et 3 110 ch.

Difficile de dire celui qui bat le plus vite, de votre cerveau ou votre cœur. La piste est droite et hypnotique, et vous avez 1 500 ch à maîtriser. Le problème n’est pas tant d’accélérer, mais plutôt de freiner car nous ne pouvons pas utiliser toute la longueur de l’aérodrome qui nous sert de terrain de jeu. Votre décontraction initiale a laissé place à une tension inquiète — mais personne n’est assez près pour vous entendre laisser échapper un juron. Il y a juste vous, une Bugatti Chiron limitée à 420 km/h, et une bande de bitume hostile qui ne paraît même pas horizontale. Respirez à fond. Un conseil : si vous devez absolument parler à une voiture, pour de bons résultats adoptez un ton respectueux. Go !… et le monde des phrases construites s’efface soudainement. Les syllabes se fondent en un incompréhensible charabia, en même temps que l’appréhension se dissout dans un déferlement d’adrénaline. L’accélération se manifeste avec une agressivité brutale, chaque impulsion sur la palette de droite provoquant un déchaînement supplémentaire. Selon les chiffres, la voiture atteint 200 km/h en 6,5 s, mais c’est sans doute sur le sec. Ici, il a plu presque toute la semaine précédente. En fait, la voiture semble encore plus rapide, jusqu’au moment où vous réalisez que vous êtes vraiment dans le grand bain, là où l’on n’a plus du tout pied. Quoi qu’il en soit, vous le maintenez enfoncé sur l’accélérateur, au moins jusqu’à ce qu’il soit temps de freiner. De grâce, ralentit ou nous allons finir dans un hangar à avions !

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