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Gamme BMC "Farina"

© Classic & Sports Car / Jonathan Jacob

Née d’une collaboration avec le célèbre carrossier italien, la gamme Farina a donné du style et du panache aux berlines BMC d’après-guerre.

Il y a 60 ans, British Motor Corporation a lancé le fruit de sa deuxième collaboration avec Battista « Pinin » Farina, une nouvelle gamme symbolisant le renouveau d’après-guerre aussi clairement qu’un immeuble émergeant d’un site bombardé. Les sept voitures réunies devant la cathédrale de Coventry rappellent l’histoire d’un modèle qui a connu la valse des marques et des finitions et qui, à l’époque et à sa façon relativement modeste, a fait sensation.

Wolseley 15/60

Quand BMC dévoile en décembre 1958 la 15/60, la marque prend le risque de provoquer une crise d’apoplexie chez ses clients. La précédente 15/50, dessinée par Gerald Palmer, est une des berlines les plus attrayantes de sa génération et la marque anglaise est alors, pour paraphraser Vivian Stanchall, chanteur et humoriste, « aussi anglaise qu’une pièce de deux pence, changeante mais immobile comme l’eau d’un canal. » D’ailleurs, les ailerons arrière découragent probablement ceux qui ne souhaitent pas être assimilés à une modernité à tout crin.

Pourtant, sur cet exemplaire de 1961 appartenant à Tony Spearman, l’intérieur avec garnitures bois et sellerie cuir est amplement suffisant pour balayer tous les doutes concernant l’identité de la 15/60 : c’est une vraie Wolseley. Spearman considère sa voiture comme « confortable et très élégante », formule qui convient précisément aux utilisateurs de Wolseley qui souhaitent explorer ce style italien sans compromettre leur statut social. La mécanique est extrêmement classique, du 4-cylindres « série B » jusqu’au boîtier de direction à cames et embout, mais cela permet un entretien facile et il y a au moins un levier de vitesses au plancher. Seules les Austin et Morris sont disponibles avec un levier au volant en option.

L’allure de la Wolseley parvient à incarner une sorte d’urgence ; c’est en 1958 qu’apparaît la première autoroute anglaise et qu’il devient possible de téléphoner sans passer par une opératrice. La 15/60 n’a jamais prétendu être un foudre de guerre, mais elle mêle magnifiquement tradition et modernité.

Austin A55
Cambridge MkII

En avril 1959, la gamme Farina est constituée, l’Austin étant le point de départ d’un ensemble de cinq modèles. La Morris Oxford Série V est légèrement plus chère, la Wolseley 15/60 est destinée au directeur de banque progressiste et les MG Magnette MkIII et Riley 4/68 à deux carburateurs affichent des ailerons un peu moins exubérants.

Sans être le premier produit BMC utilisant plusieurs identités de marques, la gamme Farina définit une hiérarchie élaborée. Le point de vue de BMC est qu’un client Austin est tellement fidèle à la marque qu’il ne peut pas envisager d’acheter  une Oxford chez l’agent Morris local.

L’A55 Cambridge MkI est une voiture à la forme agréable, mais la MkII est beaucoup plus flamboyante sans tomber dans le travers social d’être considérée comme trop « canaille ».

Quand apparaît l’Austin Farina, elle est considérée par de nombreux acheteurs comme moins « américaine » que les Ford Consul, Hillman Minx et Vauxhall Victor type F. Un acheteur Austin potentiel peut envisager une Standard Ensign mais, bien que cette dernière n’ait été lancée que 18 mois avant la Cambridge, elle dégage encore une impression de rationnement propre à l’après-guerre.

La MkII 1961 de Roy Presdee est superbe dans sa livrée Tartan Red et Farina Grey. Elle rappelle l’impact provoqué par l’A55 MkII il y a presque 60 ans, quand elle offrait un costume élégant pour un prix abordable : exactement ce qu’attendaient les acheteurs de cette époque.

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