Sur la route de « L’or se barre »

Lamborghini P400 Miura

© Classic & Sports Car / Olgun Kordal

La même voiture, la même route de col : nous revivons la célèbre scène d’ouverture du film L’or se barre, avec la Lamborghini Miura qui a été utilisée à l’époque.

Je dois rêver. Nous venons de franchir les 305 m du viaduc de Dardanelli et arrivons aux première épingles à cheveux du col du Grand-Saint-Bernard, à bord d’une Lamborghini Miura Rosso. Je dois rêver… Après tout, la voiture finit bien par s’empaler sur un bulldozer Caterpillar D7171A ? Non, bien sûr, car nous savons tous que la Lamborghini qui plonge dans le ravin quelques minutes seulement après le début du film L’or se barre est une coque sans moteur.

Jusqu’au début de l’an dernier, le sort de la voiture pilotée par l’initiateur du casse, Jean Michaud (Rossano Brazzi) était sujet à spéculations. Mais plus maintenant : la P400 Miura de ces pages a été certifiée par le Polo Storico de Lamborghini comme étant celle du film, et c’est probablement la première fois qu’elle revient sur la route du Grand-Saint-Bernard depuis le tournage, en 1969. Il en va de même pour le conducteur, Enzo Moruzzi, le responsable de Lamborghini qui conduit la voiture, sauf dans les scènes où l’on voit Brazzi portant les célèbres lunettes Renauld Mustang et fumant l’inévitable cigarette : il est filmé par une caméra montée sur la porte.

« La dernière fois que j’ai conduit cette voiture, c’était le 29 juin 1969. » Le septuagénaire sourit. « J’avais 26 ans. Je suis parti le jeudi, nous avons préparé la voiture avec les caméras le vendredi, filmé toute la journée du samedi et le dimanche je suis rentré au volant à Sant’Agata. » Avec son pull portant la marque Lamborghini sous un long manteau noir, Moruzzi est aussi chic qu’animé : une boule de nerfs, les yeux brillants et les mains s’agitant à la manière italienne. Ah, les mains. La façon dont il manipule le volant est étrangement familière : affirmée, respectueuse, caressant la jante en cuir et ne croisant jamais malgré les virages très serrés que nous rencontrons. Ce sont elles que l’on voit dans les plans vus de l’intérieur, lors de l’ascension du col : « Le caméraman était sur le siège passager et me criait de me reculer aussi loin que possible. Quand le film est sorti en 1969, j’ai emmené ma fiancé le voir. Elle ne savait pas que j’avais été filmé mais quand elle a vu la séquence elle s’est exclamée, « Mais ce sont tes mains ! »

[…]

Acheter ce numéro