Le chef-d’œuvre qui a sauvé la marque

Amilcar CO/C6

© Classic & Sports Car / Serge Cordey

Voir et entendre une Amilcar C6, rare dans les rassemblements de voitures anciennes, est toujours un enchantement. Alors prendre le volant, c’est entrebâiller la porte sur les héros qui maîtrisaient cette machine exceptionnelle et qui en ont fait une reine des circuits.

« The time they are a-changin' », chantait Bob Dylan. Les temps changent. Chaque année qui passe, le cortège de voitures de collection s’enrichit d’une série qui était moderne… et les plus anciennes le sont de plus en plus. Lapalissade, direz-vous. Certes, mais surtout façon de dire que les automobiles d’avant-guerre s’enfoncent dans un passé de plus en plus lointain aux yeux des jeunes collectionneurs qui risquent de les assimiler à des brontosaures exotiques et indomptables, dont la conception et les commandes sont aussi déroutantes que celles d’un avion de chasse. D’ailleurs, pour celui qui n’est pas familier de ce genre d’automobile, le poste de conduite de cette Amilcar C6 (six-cylindres 1100) a de quoi étonner et la planche de bord en aluminium bouchonné porte les stigmates d’une vie bien remplie. Derrière le volant à jante bois, la présence de deux compte-tours n’est pourtant pas une anomalie : chacun étant branché sur un arbre à cames, ce surprenant doublage est-il une sécurité en cas de défaillance ? Ils sont complétés par un manomètre de pression d’huile à droite, un ampèremètre au centre et un thermomètre d’eau à gauche. Mais l’absence de compteur de vitesses rappelle la destination très sportive de cette automobile.

A gauche se trouvent une poignée et deux gros boutons dont un marqué « oil ». La première correspond à la mise en pression du réservoir d’essence alors que les deux autres commandent le débit d’huile (pour limiter la pression à froid, selon les recommandations du constructeur) et l’accélérateur à main, commode pour faire chauffer la mécanique. A l’extrême gauche, une manette contrôle l’avance à l’allumage et, à l’opposé, une platine Scintilla est là pour l’éclairage. Le volant est plus petit que l’on pourrait s’y attendre, avec une jante bois assez épaisse : « Elle n’est pas d’origine, » précise Christophe Pund à qui appartient cette voiture. « Elle a été installée par François d’Huart, un des précédents propriétaires, qui l’appréciait pour les circuits. Normalement, la jante est en caoutchouc, et montée plus à l’extérieur de l’âme en acier. » N’empêche, son diamètre limité facilite l’accès : l’espace est mesuré et se glisser à bord réclame de la souplesse ! A l’intérieur, rien de superflu : les tôles sont aussi nues qu’un ver de terre et les commandes apparaissent dans toute leur pureté, sans rien cacher de leurs biellettes, tringles et fonderie.

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