La bataille d’Angleterre

Aston Martin V8 - Jensen Interceptor

© Classic & Sports Car / Tony Baker

Une de ces deux superbes machines vaut deux fois le prix de l’autre. Mais l’Aston V8 est-elle vraiment supérieure à la Jensen Interceptor ? C’est la question que pose Martin Buckley.

L’histoire et le temps qui passe finissent par fausser notre compréhension des automobiles et de la place qu’elles occupaient à leur époque dans la société. Je ne serai donc pas étonné si vous pensez que l’Aston V8 et la Jensen Interceptor ne font pas vraiment partie du même monde. Mais revenez 40 ans en arrière et votre perception (perturbée aujourd’hui aussi par les différences de prix) serait bien différente. A la fin des années 1960 et au début des années 1970, il s’agissait des deux contributions britanniques les plus accomplies au monde du Grand Tourisme. Deux coupés de belle allure, offrant un sérieux potentiel de performances, bénéficiant d’une superbe finition dans les meilleurs matériaux traditionnels et construits pour une élite pour qui le prix importait peu, pas encore prête à acheter une Silver Shadow mais souhaitant se rendre d’un point à un autre aussi vite et confortablement que possible.

Ces voitures avaient atteint le niveau statutaire répondant aux hommes d’âge mûr qu’elles cherchaient à séduire ; de tendance plus G&T [Gin & Tonic] que GT, d’ailleurs… En terme d’habitabilité, de performances et d’usage, il aurait été difficile de ne pas les présenter comme des concurrentes directes, destinées aux mêmes utilisateurs.

Il en va un peu différemment aujourd’hui. La Jensen est, de réputation, un peu louche et singulière ; un dinosaure provocateur de l’époque hédoniste antérieure à la crise du pétrole et dont le volumineux V8 américain est un moyen rapide et endurant d’aller d’une pompe à essence à une autre. La réputation de l’Interceptor s’améliore aujourd’hui mais, peut-être à cause d’une production importante (elle a été la plus diffusée de toutes les GT hybrides euro-américaines), son image ne présente pas tout à fait le lustre que méritent ses qualités. Posséder une Interceptor en 2015 a quelque chose de vaguement vulgaire.

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